En 2013, j’ai rencontré Mariette LEVAYE pour la mise en place de Ad Gentes, une comédie musicale missionnaire qui repose sur un concept pédagogique proposé dans plusieurs pays de langues différentes. 3 ans après, nous nous retrouvons pour participer à un autre projet, où elle m’a consacré quelques lignes dans son livre « 40 missionnaires pour une génération » co-écrit avec Éric Denimal.

Mariette Levaye, c’est une missionnaire au coeur passionné pour le Christ. Aujourd’hui, elle occupe le poste de Secrétaire générale des Oeuvres Pontificales Missionnaires de Luxembourg et elle est responsable du Centre Missio chez Missio Luxembourg/ Archevêché du Luxembourg.

Bien sûr, j’ai accepté avec enthousiasme sa proposition de figurer dans son ouvrage. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de lui poser quelques questions ! Ceux qui me connaissent savent que j’aime poser des questions… et Mariette a accepté, avec la spontanéité que je lui connais bien, de répondre à quelques-unes.

Comment a démarré ce projet, Mariette ?

Tout est parti d’un défi ! C’est le chanteur Grégory Turpin, qui est aussi un ami, qui m’a lancé le défi incroyable de rassembler dans un seul et même livre 40 témoins de mon entourage, entourage tout de même lointain, puisqu’ils proviennent des cinq continents. La complexité de ce défi a été de préserver une dimension universelle dans ce choix alors que j’avais vécu pendant 6 ans en Afrique et voyagé en Asie et Amérique latine. J’ai choisi de m’adresser à des personnes au destin ordinaire qui accomplissent des oeuvres extraordinaires ; elles ont accepté de retracer leur parcours de vie avec simplicité et enthousiasme, comme si c’était naturel que “de se raconter”.

Je ne suis pas “un écrivain” alors j’ai demandé l’aide d’Éric Denimal qui a mené remarquablement la transcription écrite de toutes ces interviews qu’il a entrepris pour moi. Pour information, Eric est journaliste, conférencier, chroniqueur radio, auteur de plus de quinze livres et il est également pasteur.

Pourquoi avoir choisi ces 40 personnes ?

J’ai opté pour des profils aussi éloignés les uns des autres, des hommes et des femmes seuls et en couple, des jeunes et des moins jeunes, des laïcs et des prêtres, des entrepreneurs et des religieux, d’horizons et nationalité différents. J’ai ciblé des thèmes de la vie d’aujourd’hui, en parlant de beauté et de souffrance à travers des témoignages poignants et authentiques de toutes ces femmes et ces hommes qui sont reliés et animés par la même foi en Christ. J’ai donc lancé un appel auprès de ces personnes que j’ai rencontrées tout au long de mon parcours, en France ou à l’étranger, sans rentrer dans du prosélytisme, mais en leur demandant de témoigner de leur foi. Le monde a besoin de témoins !

Peux-tu nous expliquer ce qu’est un missionnaire au 21ème siècle ?

Oui, c’est vrai que c’est bien de le contextualiser de nos jours alors qu’on a tous dans nos souvenirs les actes des premiers missionnaires en Afrique, en Asie ou en Amérique latine de ces cinq derniers siècles. Ils ont la plupart du temps accompagné des explorateurs et des colons aux méthodes controversées et dont les motivations étaient mercantiles. Du coup, ils ont hérité d’une mauvaise réputation alors ces missionnaires ont souvent risqué leur vie pour partir hors de leur pays et ces congrégations missionnaires ont été souvent au contact des populations les plus reculées. Aujourd’hui, nous nous reposons sur leur ténacité et leur engagement et c’est grâce à eux que les missions se sont succédées. Nous ne saurons jamais assez les en remercier.

Par “définition”, un chrétien, de par son baptême, est appelé à être missionnaire, à annoncer le Christ, ne serait-ce que par le témoignage de sa propre vie, fondée sur les valeurs de l’Évangile, et rien ne l’empêche à étendre sa vocation à d’autres nations, à explorer d’autres horizons en apportant son aide là où les besoins sont importants.

Tu veux dire que dès lors qu’on est baptisé, on est tous appelé à être missionnaire ?

Oui, c’est ça !  A l’exemple des disciples, puis des apôtres, chacun de nous représente une pierre vivante tout en prenant conscience qu’on ne peut pas mener notre mission sans l’aide des autres, sans le soutien d’une communauté chrétienne ou d’une organisation. Cela doit être le désir de chaque chrétien, selon l’appel de Jésus, que de voir l’Église devenir vivante, animée par la même intention : faire des nations des disciples.

Un missionnaire n’est pas propriétaire de sa mission ; il reçoit toutes les capacités et les ressources du Christ. D’autre part, c’est Christ qui la confie, et c’est à Lui que tout revient. Aussi, un missionnaire agit pour Dieu, pour les autres, ce qui lui permet de se détacher, de ne pas se sentir responsable au-delà de ses forces. Il puise ses ressources directement auprès de Dieu, grâce à une connexion permanente que permet la prière.

“Je vis cette mission en restant connectée, en vivant une relation intime avec Dieu, par la prière.”

En résumé, il n’y a pas de qualifications particulières pour devenir missionnaire ?

Non, en effet !

Quand on est concerné par certaines causes de notre monde… comme les droits de l’enfance, la famine, la guerre, la pauvreté, l’environnement, la politique, l’économie… et qu’on décide de sortir de sa zone de confort pour annoncer le Christ partout là où les besoins se font ressentir… on se lève, on part, on avance !

On est missionnaire dès qu’on accomplit des gestes simples du quotidien et/ou des actes plus complexes dans des pays lointains ! Toi, moi, tout le monde peut être missionnaire !

Après, on va parler de valeurs, du caractère vrai et  authentique d’un missionnaire. Il sait dire “non” et il a l’humilité de dire “je ne sais pas”. Un missionnaire est censé vivre dans la liberté, en visant l’excellence avec les moyens que le Christ lui donne. De plus, il n’a pas de préjugé, il travaille avec tout le monde, en affichant son impartialité. Chacun, dans ce monde, a sa place et il peut l’occuper pleinement sans attendre qu’on l’y invite. Bien sûr, il peut être rattaché à un organisme ou un ordre, mais il n’a besoin ni de titre ni de spécificité pour annoncer l’Evangile. Un missionnaire évolue, comme la mission.

“Un missionnaire joint le geste à la parole, par le témoignage, avec une bonne dose d’humilité.”

Cela peut se faire partout : au bureau, au sein de sa famille, dans son entreprise, dans son quartier et sur d’autres continents. Aujourd’hui, le danger est qu’on segmente tout et tout le monde. Si on attend la permission ou la bénédiction d’un responsable ou d’un leader, on peut attendre longtemps et passer à côté de sa vocation.

“Je m’adresse à ceux des contemplatifs qui se sentent interpellés par la misère et la lutte de l’homme d’aujourd’hui ; au nom de ceux qui luttent, connus ou anonymes, au nom de tous ceux qui sont engagés dans la construction d’une société, je vous demande instamment : ne renoncez pas à votre vocation, sachez être totalement attentifs aux hommes en partageant leur recherches, leurs succès, leurs échecs, leurs luttes.” (Frère Roger)

Et si tu nous parlais un peu de toi, maintenant ?

Mariette n’aime pas parler d’elle, avec voilà ce que j’ai retenu pour vous en lisant les premières pages son livre.

Tout a démarré lors d’une rencontre, avec un Père Blanc, missionnaire luxembourgeois en Ouganda. Son témoignage a été si contagieux que Mariette a été interpellée pour servir l’Eglise universelle en Afrique où elle a été missionnaire durant 6 ans. Elle a pris son envol peu à peu, traversant communauté, oeuvre, institut missionnaire, au contact des plus pauvres. Elle a tout appris sur le terrain : la langue, les coutumes des populations, la pénibilité, la solitude et la maladie, le découragement, les questionnements et l’humilité, mais surtout la proximité avec Dieu par la prière, sans Lequel elle n’y serait pas parvenue.

Mariette devient responsable de l’animation missionnaire auprès des enfants pour les Oeuvres Pontificales Missionnaires en France en 2002 puis au Luxembourg comme secrétaire générale où elle exerce encore aujourd’hui. Elle alterne tâches bureaucratiques et missions ponctuelles sur le terrain pour ne pas “craquer” entre les quatre murs de son bureau luxembourgeois. Entretemps, elle a rencontré son mari, Patrick ; elle n’est pas belle, la vie ?!

“Si je regarde un peu dans le rétroviseur, je constate […] que j’étais quelqu’un de timide qui ne sortait pas, j’avais peur des autres.”

Pourrais-tu dresser pour nous quelques portraits des missionnaires que tu as sélectionnés dans ton livre ?

Bien sûr ! Je pense de suite à trois profils au parcours tellement différent ! Je vais vous parler de Geoffroy et ses deux amis, d’Aubry et enfin d’un couple de comédiens, Mireille et Vincent. Vous resterez en haleine à chaque découverte de ces 40 missionnaires, leur chemin de vie est si enrichissant !

Geoffroy de Boissieu et ses deux amis : Quentin et Jean

C’est l’histoire de trois amis qui ont fait le tour du monde à l’École de la Pauvreté. Quand ils sont revenus, leur regard avait changé. Sur le monde, sur eux, même leur amitié a été transformée après une pénible mise à l’épreuve. Déjà, il en faut du courage pour partir voir de plus près la misère, une misère qui dérange, une misère qui sent mauvais ! Ils sont allés à la rencontre d’autres chrétiens eux-mêmes indisposés par cette souffrance, devenus missionnaires pour défendre la cause des plus démunis, des laissés-pour-compte dont le monde ne se soucie guère.

“Nous avons réalisé que nous devions monter un projet de voyage en lien avec notre foi.”

Aubry Pierens

La première fois que je l’ai vu, j’ai été marquée par son “air très sérieux”, et c’est en l’écoutant que j’ai découvert un coeur en or, profondément humain.

Après 23 ans d’expertise en stratégie management de l’innovation et de conseils en publicité, il remet en question le sens profond de sa vie. Sa belle carrière confirmée par de bons résultats ne le satisfait plus. Il prend une année sabbatique, durant laquelle il retrouve Dieu, pendant les JMJ de Paris en 1997, alors qu’il avait été “recruté” pour photographier l’événement. Mais Dieu ne s’arrête pas là, Il l’entraîne à réfléchir encore plus loin sur son avenir professionnel et Aubry prend un nouveau départ en créant un cabinet de conseil en stratégie et management. Il apporte un nouvel éclairage bénéfique sur son métier et ses conseils, grâce à sa redécouverte de la Parole de Dieu. Un come-back aux pieds de Jésus époustouflant d’authenticité !

“Dans mon travail, je ne fais pas de prosélytisme. Cependant, ma vie tout entière est façonnée désormais par le message du Christ.”

Mireille et Vincent Buron

Ce couple respire la vie, la joie et une complicité qui m’a émerveillée. Ils communiquent un bien-être qui fait chaud au coeur. Leur spontanéité l’un envers l’autre se traduit aussi sur les planches car ils sont également comédiens, ils sont devenus des intermittents du spectacle. D’ailleurs, c’est sur les planches qu’ils se sont rencontrés. Vincent, lui, a eu un déclic quand il a assisté à une comédie musicale, il n’avait que 12 ans. “C’est ce que je ferai plus tard pour dire ma foi !” De plus, il est clown dans les hôpitaux. D’abord animateurs pour le Mouvement Eucharistique des Jeunes (MEJ), leur appel s’est précisé au fil des années, leur profil se complétant à la perfection : Vincent artiste comédien, Mireille assurant la gestion de leur duo à travers la production, la prospection sans négliger pour autant de s’exprimer elle aussi, aux côtés de son mari.

Leur histoire est riche, pleine de rebondissements, aussi vivante et palpitante qu’eux, elle m’a beaucoup touchée !

“Nous avons tout lâché, persuadés que Dieu nous appelait à dire l’Évangile par le théâtre.”

Que dirais-tu à une personne encore hésitante pour devenir missionnaire ?

J’encourage chacun à se mettre à l’ouvrage, car le monde est vaste !

Vas-y ! Je t’encourage à te lancer ! N’attends pas d’être prêt(e) pour te lancer. Tu n’as pas besoin d’attendre d’être au bon endroit, au bon moment. Dès lors que tu as reçu le baptême, tu pries et tu te mets au service du Christ et des autres. C’est Dieu qui te donne les moyens, n’attends pas d’être capable sinon tu ne feras jamais rien. Tu sais que tu es appelé(e), tu es un maillon de la chaîne, une pierre vivante de tout l’édifice, un relais parmi d’autres relais.

Tout le monde peut être missionnaire et toute de suite, il ne faut pas attendre le moment propice, d’ailleurs l’apôtre Paul le souligne : “prêche la parole, insiste en toute occasion, qu’elle soit favorable ou non” (La Bible 2 Timothée 4:2).
 Je souhaite que chaque lecteur, en parcourant les portraits de ces 40 missionnaires pour une génération, se retrouve dans l’un d’eux et parvienne à s’identifier comme missionnaire ou en passe de le devenir. Une histoire de vie unique mais que beaucoup partagent, j’en suis certaine.

“Chaque chrétien a une mission à accomplir ici et maintenant, il est appelé à être témoin de l’Évangile.”