Vivre pleinement dans le présent, se projeter dans le futur… Pour certains d’entre nous, c’est compliqué.

Et cette difficulté nous barre parfois carrément la route vers l’avenir, incapables de développer notre potentiel, d’accomplir notre mission ou tout simplement d’avancer dans la vie.

Cela provient parfois de notre passé…
Qu’on soit leader d’une organisation, responsable d’une association, chef d’entreprise ou encore parent, le passé peut représenter un lourd handicap alors qu’on a la responsabilité d’une équipe, de collaborateurs ou d’une famille.

Vous vous demandez peut-être comment faire face aux comportements des autres (entre nous, eux-mêmes souvent handicapés par leur passé), quand on est soi-même encore chargé par un vécu plus ou moins sensible ?
C’est un sujet que j’ai abordé avec Yolande Schwab, coach en développement personnel et relation d’aide. Elle et son mari ont fondé une société, PS CONSEIL située à Strasbourg ; Philippe est, quant à lui, orienté vers le développement professionnel. Ce binôme dans la vie et dans le travail offre une solide expérience de 22 ans qui leur permet d’accompagner les particuliers comme les entreprises.

J’ai invité Yolande à participer au Bootcamp qui se tiendra en juin 2018 : Faire moins et impacter plus. Vous pouvez toujours réserver vos places sur le site du Bootcamp.

Je remercie Lisa Giordannela qui a fait l’interview pour moi.

“Yolande, je vais être direct… en quoi le passé important ?”

Ce qu’il faut comprendre c’est que le passé fait partie de nous, inévitablement. Et il revient très facilement à la surface, à l’occasion des fêtes (anniversaires, fêtes de famille) ou d’autres événements de notre vie, parfois de manière totalement inattendue.
Nos enfants aussi sont des déclencheurs de retour en arrière ! Les voir grandir nous renvoie à notre propre vie.

On se rappelle, on replonge dans nos souvenirs agréables et moins agréables. On est pétri de souvenirs, d’événements qui nous ont marqués et construits, en positif ou en négatif.

Le passé, c’est mon histoire ! Il fait partie de ma vie, que je le veuille ou non.

Il faut accepter cet état de fait.

“Donc avant de réaliser que notre passé peut nous handicaper, il faut se dire qu’avoir un passé c’est normal, « c’est mon histoire »”

Dans les milieux chrétiens on a parfois du mal à se pencher sur le passé à cause d’une mauvaise compréhension de ce verset de Paul dans Philippiens 3:13 :

“Oubliant ce qui est en arrière, je me porte vers ce qui est devant”.

Mais la Bible nous invite pourtant aussi à nous “souvenir” car nous avons des leçons à tirer du passé !

“Souviens-toi de tout le chemin que l’Eternel, ton Dieu, t’a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t’humilier et de t’éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton cœur et si tu garderais ou non ses commandements” (Deutéronome 8:2).

C’est une question d’équilibre. Un savant équilibre entre ce qui est derrière soi – pour en retirer la substantifique moëlle – et ce qui est aujourd’hui – vivre dans le “ici et maintenant”, ce qui nous est donné de vivre.

Les personnes parlent-elles d’emblée du passé avec toi ?

Dans le cadre de mon travail, il m’est arrivé de rencontrer des personnes qui ne veulent pas le mentionner ou qui ont d’emblée un discours très positif :

“Moi, j’ai eu une enfance heureuse sans aucun souci.”

Cela me met tout de suite la puce à l’oreille ! L’enfance parfaite n’existe pas. Même dans la meilleure des familles il y a forcément des “couacs”… et ça aussi, c’est normal ! Avoir la lucidité de regarder en face les bonnes choses transmises mais aussi de nommer les moins bonnes fait partie d’une attitude mature.

Si quelqu’un prend un rendez-vous avec moi, c’est parce qu’il y a, la plupart du temps, une difficulté. Mon rôle est de conduire cette personne à mieux examiner le noeud de son présent.

Ensuite, je retourne avec elle dans son histoire (passée mais aussi plus récente) pour tenter d’expliquer l’existence de ces noeuds afin de l’aider à cheminer. C’est un processus qui demande du temps et un accompagnement sur mesure.

Pour régler son passé, dirais-tu qu’il faut tirer un trait dessus ou plutôt l’affronter ?

L’expression “régler son passé” est inadéquate ! On ne le règle pas. Par contre, quelqu’un a dit :

“Il est important de repasser par son passé pour le dépasser et s’ouvrir à son à-venir “!

Il ne s’agit pas de ressasser son passé !

« Relire » son passé ne signifie pas non plus « en finir avec lui » ! Mais l’accueillir comme une donnée importante de notre construction qui peut nous permettre d’en extraire un matériel utile pour notre présent, et notre avenir.

Examiner le passé, c’est inévitablement aller à la rencontre de deux histoires : la nôtre et celle de nos parents.

Notre responsabilité ne concerne que notre histoire. La vie de nos parents ne nous concerne que dans les effets qu’elle a ou a eus sur nous. Et c’est tout. Le reste les concerne, eux seuls. En revanche, les effets sont importants pour nous. Les voir, les dire, les comprendre est essentiel pour retrouver une faculté de se mettre en route pour soi.
Quelle que soit la demande initiale, j’invite la personne, dans une démarche de développement personnel, à faire un petit voyage dans son histoire.

Souvent j’utilise cette expression :

“On va faire un petit pèlerinage dans votre histoire pour repérer les blessures d’enfance qui font encore mal aujourd’hui” !

Nous allons cheminer ensemble et à travers toutes sortes de questions de ma part, la personne va peu à peu entrer dans différentes prises de conscience.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce “pèlerinage dans le passé” ?

LA question à se poser est : “Que vais-je faire de ce qu’on a fait de moi ?”(J-P Sartre)

Je ne suis pas responsable de ce qui m’est arrivé dans le passé, mais je suis aujourd’hui responsable de ce que j’en fais !

Ce qu’une personne choisit de faire de son passé lui incombe totalement : se positionner en victime ou se remettre en question pour progresser. Mon rôle est d’aider la personne à devenir (ou redevenir) actrice de sa vie, à ne pas simplement la subir. Je l’accompagne dans une démarche de réconciliation avec son passé.

C’est un travail très vaste et différent d’une personne à l’autre. Néanmoins, un point commun à tous les parcours est d’examiner le système de croyances de la personne.

Les croyances sont des attitudes, des perceptions et des conceptions profondément enracinées et la plupart du temps totalement inconscientes, à propos des gens, des relations et de la morale. Elles font partie de ce qu’on appelle notre “carte du monde”. Chacun a la sienne. Cette carte du monde influence les pensées, les émotions et les comportements au présent comme au futur.
Il y a de “bonnes” croyances ou des croyances “boostantes” et il y a des croyances “limitantes” qui, comme leur nom l’indique, vont me freiner dans la vie.

Je te donne quelques exemples de croyances limitantes :

  • “La vie est dure”
  • “Je n’y arriverai jamais”
  • “Les hommes préfèrent   – les blondes, les brunes, les minces, les grandes, les petites, les rondes, les sexy, les femmes sûres d’elles… (au choix)”.

Je te donne aussi un exemple de croyance boostante :

“Il n’y a pas d’échec, seulement des apprentissages !”

Il est essentiel de prendre conscience des connexions qui peuvent exister entre des croyances erronées, des sentiments négatifs et des comportements autodestructeurs.

Je ne peux pas changer mon passé, je n’ai pas toujours des réponses à tous mes pourquoi, mais je peux changer mes croyances … et ça, ça change mon présent !

Peux-tu citer des exemples d’émotions ou d’attitudes qui pourraient être une expression de blocages liés au passé ?

C’est très très vaste, mais voici quelques exemples :

  • un manque de confiance en moi dans un domaine précis
  • un complexe
  • une susceptibilité à fleur de peau
  • une émotivité incontrôlable
  • une jalousie qui me ronge
  • beaucoup d’anxiété
  • beaucoup de peurs pour tout et rien
  • des difficultés à entrer en relation avec les autres
  • toujours indécis(e)
  • du mal à dire « non »
  • déprime permanente ou récurrente
  • etc …

Nos émotions sont de précieux indicateurs dont il faut apprendre à tenir compte.

Je compare souvent notre vie émotionnelle au tableau de bord d’une voiture : si un voyant rouge s’allume dans notre voiture, nous avons tout à fait intérêt à en tenir compte.

Je crois qu’il en est de même pour nous ! Nos émotions nous indiquent que quelque chose d’important est en train de se passer. J’en profite pour préciser qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises émotions ! Elles sont juste agréables ou désagréables.

L’expression de l’émotion peut déraper, mais une émotion en elle-même sert juste à nous indiquer notre état intérieur. C’est souvent grâce à l’émotion que je peux tout à coup prendre conscience qu’il y a quelque chose qui ne va pas, qui semble disproportionné ou déplacé dans telle ou telle circonstance.

“Je compare souvent notre vie émotionnelle au tableau de bord d’une voiture : si un voyant rouge s’allume dans notre voiture, nous avons tout à fait intérêt à en tenir compte.”

 

Yolande Schwab sera l’une des intervenantes du Boot Camp, un week-end pour les leaders et entrepreneurs qui souhaitent passer au next level. L’occasion de pouvoir échanger avec elle.