J’ai eu le plaisir de participer au nouveau livre de mon ami Grégory Turpin sur une nouvelle approche de la prière et la méditation, qu’on appelle oraison ( je vous en parlerai dans un prochain article ). Dans cette interview, je parle d’une pratique spirituelle qui consiste à faire une relecture de la journée. J’ai eu le droit de publier ma contribution au livre. Enjoy

David, pourquoi pratiques-tu la relecture de ta journée, d’où te vient ce besoin ?

Déjà, je précise que je ne suis pas un spécialiste ! Je sais que je dois le faire et je le fais au maximum, mais je n’ai pas une pratique fidèle de la relecture, d’autant que je ne suis pas quelqu’un de discipliné. C’est comme boire de l’eau : je sais que j’en ai besoin mais je ne vais pas mettre un réveil toutes les heures pour penser à boire. L’indicateur qui me signale que j’ai besoin de relecture, c’est lorsque ma vie, en général intense, arrive à saturation.

Je vois deux principales raisons de relire. La première, c’est que la relecture m’évite la fuite en avant et toutes les projections qui vont avec. Je me concentre sur ce qui se passe maintenant, et non pas sur ce qui ira potentiellement mieux quand j’aurai fait telle ou telle chose. Je m’inscris dans le présent. La deuxième, c’est que la relecture m’apprend à savourer mon quotidien.

Quand je ne me sens pas bien car débordé, parfois dégoûté ou éprouvé, relire m’aide à être sensible aux petits détails magnifiques d’une journée, comme par exemple mes enfants qui courent dans mes bras ou un moment de lecture paisible sur mon canapé.

Il se passe tellement de choses dans une journée, entre les gens qu’on rencontre, ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on dit… On apprend chaque jour énormément mais faute de classer et reprendre ce qui nous arrive, on n’en a pas conscience. C’est ce que dit John Maxwell, un auteur américain que j’apprécie beaucoup et qui propose de prendre quelques notes chaque jour sur ce qui nous est arrivé. Il y a une expression qui définit assez bien ce chemin : je suis « étudiant de ce que je vis ». Ce n’est pas évident mais c’est passionnant d’apprendre au fur et à mesure à relire mes émotions.

Comment fais-tu concrètement ?

J’ai plusieurs manières de relire. D’abord, avec ma femme Hélène, nous prenons régulièrement le temps d’une « relecture de gratitude » : d‘exprimer ce que nous avons aimé dans notre journée.

Tout seul, je le fais soit le soir, avant de me coucher et en prenant des notes dans un carnet, soit le matin, quand je me lève : après avoir fait du sport et pris un moment de méditation, j’écris un journal de ce qui s’est passé dans ma vie et de mes envies et projets pour le futur. Matin ou soir, la technique est la même : avant d’écrire, je prends le temps de repenser aux dernières 24 heures et leurs temps forts. Comme je suis quelqu’un de très visuel, je ferme les yeux pour revoir les situations, pour les revivre et me nourrir de ce qui s’est passé.

Écrire est très important pour moi. Bien sûr, une relecture en pensées est déjà riche, émotionnellement ça fait du bien, mais ça reste dans le monde des idées. Je me suis aperçu que j‘ai besoin d’écrire pour faire dégonfler les choses : un projet qui semblait complètement fou, une idée géniale qui ne l’est pas tant que ça, etc.

Écrire me permet aussi d’aller jusqu’au bout d’une idée, de me l’approprier. Dans ma relecture, je suis persuadé que Dieu me parle, et si je n’écris pas, c’est comme si je n’allais pas au bout de la discussion. Écrire me permet de dérouler une pensée, de revenir dessus, de la clarifier et d’aller plus loin.

Sinon, je suis en général trop sollicité par ce qui m’entoure et je n’ai pas le temps de m’approprier ce qui m’arrive.

Qu’est-ce que ça change dans ta vie ?

Non seulement la relecture m’aide à voir ce qu’il y a eu de bon dans ma journée, mais pour ce qui était moins bon, la relecture me permet de tirer des leçons, de rectifier les bugs. De reprendre une situation qui s’est mal passée pour comprendre pourquoi, et comment l’éviter la prochaine fois. Et toutes ces situations me donnent de nombreuses anecdotes qui inspirent mes vidéos, mes formations ou mes articles.

De plus, elle me redonne le sens des priorités, me ramène à la réalité et me fait prendre du recul. Je m’arrête dans ma course quotidienne et j’apprends à profiter de l’instant. Je peux vraiment dire que la relecture m’apaise, car  elle remet les choses en perspective et je réalise que ma vie n’est pas si stressante : je me nourris des bons événements, j‘y trouve un sentiment du travail accompli.

Enfin, la relecture renouvelle le lien avec Dieu. Je ne me dis pas forcément « Je vais relire avec Dieu », mais au fil de mes pensées il s’intègre. Je me dis « Là, Dieu, tu as été trop fort ! » ou bien je lui remets des situations plus négatives. Je réalise qu’il a pris soin de moi, qu’il accomplit ses promesses ou des prières que j’ai formulées longtemps avant. Je me souviens de ses promesses pour moi quand je vois qu’elles se sont accomplies. Je reprends confiance en voyant que Dieu prend soin de moi et qu’il est présent dans les événements même si je n’ai pas pris le temps de le voir.

Extrait du magnifique livre de Gregory Turpin : « Petit Guide pour une vie transformée »