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t si la mort nous permettait de voir la vie sous un angle différent ? Et si la souffrance nous rendait plus humains ? Plus profonds ?
Novembre aura été un mois plus qu’éprouvant, tout d’abord par les attentats de Paris, choquants, traumatisants. La vie ne sera plus jamais la même, une goutte de peur fera désormais partie de notre quotidien à chaque voyage en avion ou en train, au concert, au cinéma…

J’imagine que, comme moi, vous avez été paralysé devant votre TV à regarder BFM en continu et à écouter France Info dans la voiture. Hypnotisé. À cela s’est ajouté un événement me touchant plus personnellement, à la réception d’un texto de ma grand-mère, vendredi à 7h du matin :

Mon petit coeur, Papy est parti ailleurs voir briller les étoiles. Il avait pourtant très envie de vous voir ! Je vous aime très fort. Mamy

Je ratais à quelques heures près l’occasion de dire adieu à l’un des hommes les plus importants de ma vie, Paul Fauconnier, mon grand-père. Mon billet d’avion était pris, mais trop tard. Tristesse, pleurs, regrets, incompréhension, vide…

Que dire ? Quoi faire ? Comme beaucoup des proches des victimes des attentats, le cerveau travaille et nous harcèle, il veut des réponses, mais seules les questions persistent :

Pourquoi je n’ai pas réussi à passer plus de temps avec lui dans ses derniers moments ?
J’avais tellement de questions à lui poser !
Où est-ce qu’il va aller après ?
La vie passe si vite… et moi ?

La mort d’un proche nous choque, nous prend une partie de nous-même, enlève notre innocence, nous ramène à une réalité qu’on oublie vite. Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, elle est aussi capable de nous recentrer, elle nous sort d’une vie routinière sur le mode pilotage automatique, où le « toujours plus » est notre moteur. Elle nous remet en question : et s’il y avait plus ? Ai-je besoin de faire tout ça ? Qu’est-ce qui me rend vraiment riche ?

Mon grand-père me laisse l’exemple d’une vie faite de bons investissements. Il était créateur de souvenirs ; une cabane, une piscine, une bagarre entre cousins, des balades, des baignades dans la rivière, des histoires de son enfance, des photos de sa famille, des débats existentiels, des prises de tête d’homme à homme. Il a aimé la même femme toute sa vie. 56 ans de mariage, un petit bisou chaque matin, de la tendresse, du rire et beaucoup de lâcher prise. Mon Papy a été riche en relations. Il a cru en moi, il m’a soutenu dans mes projets d’entreprise, il a été présent sans m’imposer sa présence, il s’est intéressé même sans savoir ce qu’était un site internet… Il a été là. Tout n’a pas été parfait, mais les bon moments ont pris le dessus sur les mauvais.

La mort m’a rendu encore plus vivant, me donnant envie de mettre mon énergie là où ça en vaut vraiment la peine. Réfléchir à deux fois avant de dire oui à une sollicitation. Mon plus grand cadeau est mon temps, créer encore plus d’espace pour bâtir des relations vraies, sur la durée. Nous sommes dans une génération où les opportunités sont infinies, internet nous ouvre les portes du monde ! Le problème n’est pas d’avoir des opportunités, mais de bien les choisir.

La mort nous oblige à nous poser les bonnes questions, que notre société de consommation essaye de nous faire oublier, en nous faisant croire qu’acheter une nouvelle voiture fera de nous un super papa, un nouveau gel douche une bête de la drague, une nouvelle cuisine le roi des amitiés.

Mais c’est tellement plus que ça… ou formulé autrement : c’est tellement plus simple que ça ! Ecouter, poser des questions, être disponible, rendre service, apprendre à se connaître soi-même et découvrir son Créateur.

Si je devais décrire la publicité du lifestyle de mon grand-père, je dirais : fidélité à sa famille et sa manière de penser / simplicité dans ses relations, ses activités / amour de la vie, de la nature / rire, même en fin de vie / travail, occuper ses mains, se rendre utile.

J’aimerais que la mort de nos proches ne soit pas inutile, qu’elle ne nous fasse pas que réfléchir, mais qu’elle nous pousse à l’action !

Osons reprendre notre vie en mains, prendre de grandes décisions pour être riches en relations, revoir nos priorités, relâcher le pardon, nous concentrer sur ce qui vaut vraiment la peine, nous poser les bonnes questions sur ce qui se passe après la vie, sur l’existence ou pas d’un Dieu !

Pour ma part, tout cela renforce mes choix : mon envie de mettre ma famille au centre de ma vie, avoir une activité tournée vers les autres, où je me sens utile. Une volonté de découvrir encore plus qui je suis et qui est mon Dieu, ce qu’il a prévu pour moi sur cette terre et après !

Je vous laisse avec cette question :

Que dirons vos proches à votre propos, lorsque vous partirez auprès des étoiles ?

Pour méditer, voici un chant qui m’accompagne dans mon deuil :